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1942-1943 : quand la montagne fut un refuge

Posted on 6 août 2026 by in Histoire | 0 comments

L'hospice du col du Petit-Saint-Bernard en été, le long de la route du col

Le col du Petit-Saint-Bernard abrite depuis le Moyen Âge un hospice, bâti pour accueillir et protéger les voyageurs. Le XXe siècle a donné à cette vieille tradition d’hospitalité alpine un chapitre aussi méconnu qu’inattendu.

En novembre 1942, lorsque la zone libre est envahie, l’Italie occupe une dizaine de départements alpins, dont la Savoie. Près de 18 000 Juifs, souvent étrangers, fuyant les persécutions, trouvent refuge dans cette zone d’occupation italienne.

Carte de la France occupée de 1940 à 1943 mettant en évidence la zone d'occupation italienne du Sud-Est
La zone d’occupation italienne (1942-1943), qui englobe la Savoie. Carte : Perseus112, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Une protection assumée

Fait singulier de cette période : les autorités militaires italiennes protègent ouvertement ces réfugiés, y compris contre la police de Vichy. Le général Vercellino, commandant l’armée d’occupation, refuse de livrer les Juifs. Au printemps 1943, des « résidences assignées » sont organisées dans les stations voisines de Haute-Savoie : environ 750 personnes sont accueillies à Megève, 800 à Saint-Gervais, logées dans les hôtels et les chalets. Présentés comme des mesures de contrôle, ces centres servent en réalité d’abri.

En Savoie même, lorsque la police française tente, en août 1943, de rassembler 92 Juifs en vue de leur déportation, l’opération échoue.

Les réseaux de sauvetage

En septembre 1943, l’armistice italien renverse la situation : les troupes italiennes se retirent, les Allemands prennent le contrôle de la zone, et la période qui s’ouvre sera autrement tragique. Ce sont alors les réseaux d’entraide qui prennent le relais. À Megève, l’Œuvre de secours aux enfants (OSE), qui gérait un centre accueillant des enfants juifs, organise leur évacuation dans l’urgence : entre le 1er et le 10 septembre 1943, près de deux cents enfants sont conduits clandestinement en Suisse.

Une tradition vivante

Cette page d’histoire éclaire un fait bien actuel : les Alpes de Savoie sont restées une destination familière des vacanciers juifs. Chaque été, depuis des décennies, environ trois mille estivants juifs orthodoxes prennent leurs quartiers dans les stations de Savoie et de Haute-Savoie — Tignes, La Plagne ou Les Menuires, toutes voisines de la Haute-Tarentaise. Des tour-opérateurs communautaires organisent des séjours dans les Alpes depuis les années 1990, l’hiver pour le ski comme l’été pour la montagne, et les Trois Vallées accueillent chaque année de nombreux touristes juifs et israéliens, dont la fréquentation participe largement à l’économie des stations. L’accueil de 1943 n’a pas été une parenthèse : il s’est mué en habitude.

Quant au col du Petit-Saint-Bernard, la frontière qui fut une ligne de front est devenue le trait d’union d’un domaine skiable franco-italien partagé. L’hospice, reconstruit, veille toujours sur le passage.

Sources : Société savoisienne d’histoire et d’archéologie (dossier « Les Juifs, Savoie/Haute-Savoie ») ; Revue d’histoire de la Shoah ; archives OSE (portail EHRI) ; Le Monde ; The Times of Israël.

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