1940-1945 : La Rosière en première ligne
Depuis les balcons de La Rosière, la crête qui court du Roc Noir au Mont Valezan dessine un horizon paisible. Il y a quatre-vingts ans, cette arête était une ligne de front. À deux reprises, en juin 1940 puis pendant l’hiver 1944-1945, la montagne qui domine la station fut un champ de bataille — l’un des derniers de la Seconde Guerre mondiale en France.
Juin 1940 : quarante hommes face à une armée
Lorsque l’Italie fasciste déclare la guerre à la France, le 10 juin 1940, le col du Petit-Saint-Bernard devient l’un des axes de l’offensive. Face aux troupes italiennes, une poignée de soldats français tient le fort de la Redoute Ruinée, perché à 2 400 mètres sur les flancs de la Traversette : une quarantaine d’hommes à peine. Les 20 et 22 juin, une action menée par le lieutenant Tom Morel — qui commandera plus tard le maquis des Glières — contraint les assaillants au repli. Le verrou tient jusqu’à l’armistice. Le 2 juillet 1940, les défenseurs, qui ne déplorent que neuf morts, évacuent le fort invaincu ; les troupes italiennes leur rendent les honneurs.
1942-1944 : occupations et maquis
La Haute-Tarentaise passe ensuite sous occupation italienne (novembre 1942 – septembre 1943), puis allemande. À l’été 1944, après le débarquement de Provence, la Résistance tarine passe à l’action : combats du Ciboulet et du Siaix à la mi-août pour retarder les colonnes allemandes, repli de quelque quatre cents maquisards dans le Beaufortain, accrochages au Cormet d’Arêches puis aux Chapieux. Dans la nuit du 22 au 23 août, les Allemands quittent Moûtiers en emmenant vingt et un jeunes otages ; leurs corps seront retrouvés en Italie en juillet 1945. Le 4 septembre 1944, les combats atteignent Séez, le Belvédère et La Rosière même.
L’hiver 1944-1945 : le front oublié
La libération de la vallée ne clôt rien : les troupes ennemies se retranchent sur les crêtes. La ligne Roc Noir – Redoute Ruinée – Mont Valezan, quatre kilomètres d’arête dominant Bourg-Saint-Maurice, reste tenue tout l’hiver, à plus de 2 300 mètres, dans des conditions extrêmes. Le 23 mars 1945, les chasseurs alpins du 13e BCA lancent l’assaut sur le Roc Noir ; après une semaine de combats, la cote 2342 tombe le 31 mars. En avril, la Redoute Ruinée est encore défendue par des alpini de la République sociale italienne — l’ultime armée fasciste — appuyés par des chasseurs de montagne allemands, tandis que le 7e BCA attaque le Roc de Belleface sur l’autre versant. Le 29 avril 1945, le col du Petit-Saint-Bernard est enfin libéré. Il n’est plus que désolation : l’hospice est éventré par les tirs de mortiers, le jardin alpin de la Chanousia dévasté. La libération de la Savoie aura coûté la vie à 199 FFI, 165 militaires et 158 civils.

Sur le terrain aujourd’hui
Ces événements se lisent encore dans le paysage : ruines de la Redoute Ruinée au-dessus du col, chemin des canons, casernes sardes de la Traversette, points d’appui du Roc Noir et des Eucherts, stèles et monuments de Montvalezan, Séez et Bourg-Saint-Maurice. Autant de buts de promenade — à parcourir avec le respect dû à un ancien champ de bataille.
Sources : ministère des Armées (« 80 ans des combats du Roc Noir ») ; Mémoire des Alpins ; La Résistance en Tarentaise ; Guides du patrimoine Savoie Mont Blanc ; Wikipédia, « Col du Petit-Saint-Bernard ».
